Le Bitcoin et la technologie blockchain

Une monnaie numérique comme le Bitcoin doit remplir trois conditions pour bien fonctionner : des échanges directs d’argent entre utilisateurs comme pour l’argent liquide, une traçabilité c’est à dire un seul propriétaire pour chaque Bitcoins et la capacité de garantir une monnaie sans recourir à une autorité centrale.

Pour les professionnels et les militants de la monnaie anonyme, l’augmentation continue de la masse monétaire et du nombre de transactions est un bon présage. Il est vrai que la cryptomonnaie s’installe dans le paysage financier mondial puisqu’en mars 2016, les 15,5 millions de Bitcoins en circulation valaient plus de 6 milliards de dollars.
Cependant, le Bitcoin subit une crise à la fois technique et stratégique. En effet, le réseau qui gère cette monnaie virtuelle atteint sa capacité maximale en termes de transactions sécurisées par seconde. Avec pour conséquence d’allonger les délais de confirmations des achats.

Si certains préconisent une solution rapide et facile au problème de croissance rencontré, consistant alors à augmenter la taille des « blocs », les fichiers contenant les transactions, qui viennent s’ajouter à la blockchain, le répertoire unique de toutes les transactions (aujourd’hui, la taille maximale d’un bloc est de 1 mégaoctet, ce qui peut représenter jusqu’à 3 000 transactions. En théorie, il suffirait de faire passer la taille des blocs à 2 Mo, pour résoudre le problème temporairement). D’autres estiment qu’ils seraient plus judicieux de diminuer la taille des transactions. Deux écoles s’affrontent donc laissant ainsi l’avenir du Bitcoin dans le flou et ne permettant pas pour le moment de pouvoir espérer évincer les monnaies traditionnelles.
Cependant, la technologie Blockchain qui sous-tend le Bitcoin pourrait, elle, bien être à l’origine d’une révolution dans le secteur financier et dans d’autres industries.

La Blockchain fonctionne comme une base de données publique ou un grand livre de compte ouvert, cette technologie enregistre les détails de chaque échange de Bitcoins.
Elle est une sorte de « grand registre virtuel » dans lequel sont stockées (sur des milliers d’ordinateurs) toutes les transactions chaque fois qu’une personne ou qu’une organisation effectue une opération. Chaque acte étant appelé « block », lui-même constitué d’autres blocs provenant d’opérations passées. Au final, la Blockchain s’apparente donc à une « chaine de blocs » qui communiquent entre eux. Ce système indestructible et infalsifiable, issu de la monnaie virtuelle Bitcoin, n’appartient à personne. Ce qui la rend particulièrement ingénieuse est qu’elle est conçue de sorte à empêcher que le même Bitcoin soit comptabilisé en double, et ce, sans qu’aucun intermédiaire n’intervienne. Ainsi entièrement décentralisé et distribué sur une multitude d’ordinateurs, il s’apparente au «peer-to-peer » qui permet à tout un réseau d’ordinateurs de s’échanger des données en temps réel.

La grande innovation de cette technologie est que ce système permet à des individus qui ne se connaissent pas de faire des transactions sécurisées et d’échanger des informations ; le tout sans le moindre intermédiaire, et c’est ce mode opératoire que les banques tentent de s’approprier aujourd’hui.
Ainsi, l’initiative la plus médiatique est celle d’une quarantaine de banques (JP Morgan, Goldman Sachs, Barclays, Société Générale, BNP Paribas, etc.) qui se sont regroupées derrière la start-up new-yorkaise R3. L’objectif est de développer des applications commerciales basées sur la « blockchain », mais sans tout le processus de minage relatif au Bitcoin, qui se révèle coûteux en énergie et limite considérablement les capacités de traitement du réseau, puisque chaque bloc est limité en taille et demande un délai d’authentification.
Par ailleurs, les banques s’y intéressent de près étant donné que la « blockchain » promet d’importantes économies. Selon un rapport de Santander, elle permettrait d’économiser de 15 à 20 milliards de dollars par an d’ici à 2022 en coûts d’infrastructures liés aux paiements internationaux, au trading et à la mise en conformité.

Si la technologie Blockchain demeure abstraite pour beaucoup, elle apporte des lors de nouvelles solutions dans différents domaines tels que l’éducation où des universités l’utilisent déjà pour certifier les diplômes de leurs étudiants. En recourant à cette technologie, la triche et la contrefaçon deviennent impossibles. Dans le domaine de la gestion de la propriété, aussi bien pour les pays qui bénéficient dors et déjà d’organisations administratives fiables mais également pour les pays qui n’en disposent pas, la Blockchain est une solution pour recenser et certifier la propriété de la terre comme avec l’exemple du Ghana où l’ONG Bitland se propose d’utiliser la technologie Blockchain pour créer un cadastre virtuel et ainsi certifier la propriété.
Mais également dans le domaine de la vie citoyenne où il existe, en la matière, depuis quelques mois un cas d’école avec le premier « mariage Blockchain » entre deux citoyens du monde numérique qui ont ainsi décidé de sceller leur union via l’enregistrement de leurs consentements mutuels sur la Blockchain. Est également pensé depuis peu à la Blockhain pour certifier le vote en ligne car la méthode traditionnelle par bulletin de vote a montré beaucoup de failles. Plusieurs startups telles que PublicVotes, FollowMyVote, Agora Voting s’intéressent à ce sujet et imaginent des plateformes de vote qui présentent un niveau de sécurisé inégalé.
Pour finir, le domaine juridique n’est pas en reste puisque les cabinets d’avocats, organismes financiers entendent, eux aussi, participer à cette technologie à l’aide des « smart contracts » qui, grâce à une identité numérique infalsifiable, permettra à un acheteur et un vendeur de s’échanger, se louer ou se vendre, un bien sans intermédiaire.

Toutefois, l’avènement de l’ère du Blockchain n’est pas pour notre présent immédiat. En effet, il faudra préalablement vérifier sa totale fiabilité et sûreté tout en faisant évoluer un certain nombre de cadres juridiques. De plus, les Etats et les régulateurs ont des attentes très spécifiques vis-à-vis de la fonction de tiers de confiance, notamment en termes de transparence et de connaissance des clients finaux.
Mais il est à noter que lors du dernier Forum de Davos, figurait à l’ordre du jour le thème des chamboulements induits par le numérique. La Blockchain étant en bonne place des discussions non pas seulement sous l’angle économique mais aussi dans ses aspects politiques.

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